Le jeu de la séduction et de la mort – 1

Chapitre 1

En quelques minutes, le ciel s’était considérablement obscurci. Un orage allait balayer la chaleur de cette étouffante journée d’été. Maylis l’espérait mais priait pour que les premières gouttes commencent à tomber quand elle serait à l’abri dans le taudis qui lui servait de logement. Elle accéléra le pas et fut tentée d’enlever ses sandales, mais la saleté du trottoir l’en dissuada. Il en émanait des odeurs peu naturelles.

Le premier grondement de tonnerre fit jurer la jeune fille. Dans son empressement, elle manqua de bousculer l’une des personnes avec lesquelles elle partageait cet étroit trottoir. Elle descendit sur la chaussée mais se rangea immédiatement contre un mur, quand une voiture passa à deux doigts d’elle. Elle ne l’avait pas entendu venir car ces véhicules électriques étaient aussi silencieux que des ombres. Dans ce dédale de ruelles, les piétons et les automobilistes ne faisaient pas bon ménage.

Maylis rêvait de changer de quartier, mais pour cela, le seul moyen était de changer d’homme, car elle ne travaillait pas et n’aurait jamais les moyens de payer un loyer. Elle n’avait aucune perspective. Les quelques amies qu’il lui restait étaient dans la même situation et la plupart se prostituaient occasionnellement ou tous les jours. Cette nécessité était si impérieuse qu’elle s’était transformée en normalité, mais avec les mœurs et coutumes de l’époque, ce n’était pas considéré comme dégradant. Il suffit à Maylis de jeter un coup d’œil vers la gauche pour repérer deux filles de joie, sous la porte d’une maison, exhibant leurs poitrines. Elles donnaient l’impression d’être revenu au dix-neuvième siècle, à l’ère où le numérique dominait le monde. Mais le progrès n’avait pas touché toute la société, et surtout pas ces maisons qui remontaient à plus de deux siècles et paraissaient n’avoir jamais été rénovées.

Au fond, qu’est-ce qui distinguait Maylis de ces deux femmes ? Contre un toit, elle avait offert son corps à Kilian, un jeune homme qui l’avait accostée dans un parc. Il l’avait conduite chez lui et lui avait offert à boire avant de la mettre dans son lit. Elle avait décidé de rester avec lui car il était charmant et sympathique, mais il s’était révélé n’être qu’un bon à rien. Heureusement qu’elle disposait d’un moyen de contraception ! Faire des enfants quand on était seule n’était pas une bonne idée, le gouvernement délivrant très peu d’aide. Tout était fait, au contraire, pour réduire la population. Le stérilet de Maylis ne lui avait pas été offert mais lui avait été imposé, et il lui faudrait demander une autorisation de l’administration pour le retirer.

Les premières gouttes d’eau tombèrent. Il ne restait plus qu’une cinquantaine de mètres jusqu’à la maison, mais quelques secondes plus tard, des trombes d’eau s’abattirent. La petite robe de Maylis fut immédiatement trempée et lui colla à la peau, soulignant ses formes voluptueuses. Quand elle parvint à la porte d’entrée, elle était ruisselante. Elle n’était pas fâchée d’avoir reçu un rafraîchissement gratuit en cette journée suffocante, mais elle aurait préféré que son vêtement fût épargné.

Elle s’arrêta dans le vestibule pour souffler puis retira ses sandales et emprunta l’escalier de bois, dont la peinture était partie depuis si longtemps que plus personne ne se souvenait de sa couleur. Arrivée devant la porte de son appartement, elle s’apprêtait à mettre la clé dans la serrure quand elle perçut des sortes de gémissements. Elle sursauta mais comprit très vite ce qui se passait.

Après être entrée dans l’unique pièce de l’appartement, elle vit Kilian entièrement nu sur le lit et arborant une superbe érection. Devant lui, sur l’écran mural, une jolie fille à la poitrine plantureuse était en train de se caresser.

Le jeu de la séduction et de la mort

Maylis grinça des dents et jeta bruyamment sa paire de sandales.

« Hein ? » s’exclama Kilian en sursautant.

En se tournant vers elle, il vit sa robe collante et prit conscience que sa copine offrait un spectacle qui méritait son attention, d’autant plus qu’elle n’avait pas mis de soutien-gorge. Le fin tissu trempé moulait ses tétons.

« C’est comme cela que tu t’occupes quand je ne suis pas là ? dit-elle.

— Ben… »

L’idée ne vint pas à Kilian d’éteindre l’écran. Il se leva au contraire pour aller à la rencontre de Maylis, mais elle partit dans la salle de bains afin de s’essuyer les cheveux. C’était un réduit aux murs recouverts de carreaux cassés ou décollés, d’où de l’eau partait pour s’infiltrer dans l’étage inférieur. Le lavabo branlant était encombré d’objets de toilette.

Kilian poussa la porte, qui ne pouvait plus être verrouillée, mais celle-ci butta contre sa copine.

« Qu’est-ce que tu fous ici ? grommela-t-elle.

— Tu es belle comme ça.

— Alors pourquoi as-tu passé ton après-midi à mater cette fille ?

— Mais toi aussi, tu es belle ! Je veux continuer à te regarder. »

Maylis était beaucoup moins jalouse qu’elle ne le laissait paraître, car elle n’avait que peu d’affection pour ce jeune homme. De plus, comme c’était à lui qu’elle devait de ne pas être à la rue, les querelles devaient autant que possible être évitées.

Elle baissa le regard sur son corps, qu’elle savait être attirant et qui était sa seule richesse. La montre connectée, porte d’accès vers le cyberespace, n’était pas à elle. Elle était la propriété du gouvernement et lui permettait de recevoir un peu d’aide, juste de quoi manger à sa faim, et quelques médicaments en cas de besoin. Mais elle n’avait pas accès à tous les soins médicaux et, dans ce monde où la science avait éradiqué la plupart des maladies, il y avait des gens qui mouraient faute de moyens. C’était ainsi que Maylis avait été privée de ses parents.

Elle retira sa robe et sa culotte pour les essorer et les suspendre au-dessus de la douche.

« C’est mieux comme ça ? » fit-elle.

Le visage de Kilian devint radieux.

« Pourquoi n’as-tu pas retiré ta robe quand tu étais sous la pluie ? demanda-t-il.

— Désolée. Je n’y ai pas pensé.

— Tu devrais arrêter d’être aussi prude. J’espère une loi qui interdira aux jolies filles comme toi de s’habiller.

— Je ne suis pas prude. Maintenant, permets-moi de m’essuyer. »

Un instant plus tard, Maylis quitta la salle de bains et revint devant Kilian. Il avait éteint l’écran et pris un verre d’eau avant de retourner s’asseoir sur son lit.

« J’étais en train de regarder une scène du Jeu du sexe et de la mort, dit-il comme si ça pouvait tout excuser.

— Et alors ?

— Et alors tu aimes, non ?

— Je t’ai laissé croire ça ? fit Maylis en s’asseyant à côté de lui.

— Ben oui ! Tu le regardes avec moi. Et puis, j’ai bien vu que ça t’intéresse.

— C’est vrai qu’il y a du suspense, mais voir des gens s’entre-tuer, ce n’est pas pour moi. On ne t’a jamais dit que c’est une émission pour les hommes ?

— Si, mais il y a beaucoup de femmes qui le regardent.

— Je le regarde pour te faire plaisir. Il y a d’autres choses qui m’intéressent à la télévision.

— Je sais que je dis beaucoup de conneries, mais là, je suis sûr d’avoir raison, insista Kilian. Tu louches sur les mecs qui sont dans ce jeu. Ne dis pas le contraire.

— Oui, reconnut Maylis.

— Avoue que tu es une grande amatrice d’hommes. »

La jeune femme baissa les yeux sans répondre.

« Si tu veux le savoir, tu es la fille la plus chaude que j’ai rencontrée. Et pourtant, j’en ai connu quelques-unes… »

Cette affirmation fit rougir Maylis

« Pourquoi tu ne veux pas tapiner ? questionna Kilian.

— Parce que je n’ai pas envie de passer mon temps à me faire enfiler par des inconnus.

— Tu dois accrocher les hommes qui te plaisent. Toutes les filles font ça.

— Non, pas toutes. C’est d’abord une question d’argent.

— Justement ! Ramènes-en un peu à la maison… C’est pour toi que je dis ça. Tu comptes vivre avec rien du tout encore combien de temps ? »

En réalité, Maylis avait déjà vendu quelques services sexuels, ce qui était inévitable pour une belle demoiselle comme elle. Des hommes l’avaient abordée dans la rue, de manière très polie, et elle leur avait cédé. C’était d’ailleurs à peu près ce que Kilian avait fait.

Le jeu de la séduction et de la mort

Grâce à la surveillance généralisée de la population, les prostituées exerçaient leur activité dans la sécurité la plus complète, pour ne pas dire dans l’insouciance. Les clients n’osaient même pas dire un mot de travers, puisque tous les mouvements étaient regardés et toutes les conversations écoutées. Tous les citoyens étaient informés de leur état de santé, même si les moyens de se soigner n’étaient pas forcément disponibles. De plus, les sommes gagnées n’étaient pas imposées.

« J’aimerais trouver un autre moyen », murmura Maylis.

Mais à part les métiers du sexe, il n’y avait rien. Les strip-teaseuses et les danseuses nues n’avaient pas la cote, dans ce monde où des filles très dénudées pouvaient se voir à tous les coins de rue. Il ne restait guère que la pornographie.

Kilian avait une idée en tête depuis qu’il avait entamé cette conversation. Au bout de quelques minutes, il n’arriva plus à se retenir :

« Participe au jeu ! Tu feras fortune et plein de monde en profitera.

— Tu veux que je me fasse tuer ?

— Oh, arrête ! Tu as du caractère et de la force. Tu pourrais me flanquer une raclée si tu le voulais. Va là-bas, dégomme un mec et reviens avec le pognon.

— Même si je m’inscrivais, je ne serais pas sûre d’être prise.

— Si ! Regarde-toi ! Tu vas faire un malheur !

— Comme si j’étais la seule fille qu’ils avaient sous la main.

— Tente ta chance ! insista Kilian. Ça ne coûte rien.

— Et puis je ne suis pas une actrice porno.

— Justement ! Ils veulent des filles comme toi. Tu as le profil idéal ! »

Un coup de tonnerre fit sursauter Maylis. Le grondement de la pluie entrait par la fenêtre ouverte et resta pendant quelques instants le seul bruit qui s’entendait dans l’appartement.

« Tu sais combien les participantes gagnent ? » reprit Kilian après avoir vidé son verre.

Maylis baissa la tête. Elle connaissait bien entendu la réponse et savait qu’il valait la peine de risquer sa vie pour une telle somme.

Ce n’était pas la première fois que Kilian l’incitait à s’inscrire. Il le faisait chaque fois qu’il regardait un extrait de l’émission.

« Fais ça pour toi, continua-t-il. Envoie-toi en l’air et deviens riche. Je sais qu’après, tu ne reviendras jamais ici. Au fond, tu me détestes, mais tu couches quand même avec moi parce que j’ai un appartement.

— Non, je ne te déteste pas.

— D’accord, on va dire que tu n’es pas folle amoureuse de moi. Pense aussi à tes amies. Comment elle va, Clotilde ? »

Maylis était revenue d’une visite chez elle. C’était une prostituée occasionnelle, qui gagnait de quoi s’acheter du maquillage et quelques vêtements, mais pas de quoi se loger.

« Elle va bien, répondit Maylis à contrecœur.

— Oui, mais elle irait mieux si tu lui donnais de l’argent. Tu y as pensé ?

— Bien sûr que j’y ai pensé.

— Alors, qu’est-ce qui te retient ? Connecte-toi au site d’Eumédia et envoie ta candidature. »

Ce qui gênait Maylis, c’était qu’elle ne s’offrirait pas que du plaisir. C’était ce mélange de sexe et de sang qui faisait tout le succès de l’émission. Elle n’appréciait pas ce principe tout en comprenant que c’était une nécessité. Les autres jeux, à côté de lui, faisaient pâle figure.

On ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments, se rappela-t-elle. Elle pensa également à la transgression, érigée comme une vertu depuis fort longtemps dans toutes les formes d’art. Cela valait aussi pour les divertissements.

Difficile d’être transgressif dans une société où le sexe avait été à ce point banalisé ! Même les femmes se gorgeaient à présent de pornographie. Elle était emballée dans de la romance : une pauvre jeune femme rencontrait son prince charmant et des scènes torrides se déroulaient. On prenait soin de montrer de beaux mâles à la fesse rebondie et au phallus altier, que les téléspectatrices pouvaient admirer sans craindre les coupures publicitaires puisque la plupart d’entre elles n’étaient pas capable d’acheter quoi que ce soit. Grâce à des séries à rebondissements qui comptaient toujours plusieurs dizaines d’épisodes, Maylis s’emplissait les yeux de rêves.

Elle baissa les yeux sur le pénis de Kilian, toujours rigide. Le torse du jeune homme n’avait aucun relief et ses jambes étaient maigrichonnes, mais au moins, il avait une belle queue. En voyant que celle-ci attirait l’attention de Maylis, il eut un sourire.

« Je n’ai pas raison de dire que tu aimes ça ? fit-il en mettant les doigts sur son sexe.

— Je n’ai jamais prétendu le contraire, répondit Maylis, mais aimer le sexe et aimer ce jeu, ce n’est pas la même chose. »

Parce qu’elle n’avait pas le choix, elle en avait regardé le dernier épisode. Elle avait admis que l’émission avait un certain intérêt. Il y avait en réalité un suspense atroce et il était impossible de ne pas aller jusqu’au bout, afin de savoir qui seraient les gagnants et les perdants. Malgré la violence qui se déchaînait dans la seconde partie, elle avait espéré que des histoires d’amour en émergeraient.

Elle admettait également que les hommes y étaient très beaux.

« Puisque tu ne me détestes pas, tu peux me faire un bisou ? » demanda Kilian en orientant sa pine vers Maylis.

Le jeu de la séduction et de la mort

Elle lui sourit et se pencha sur le sexe rigide pour le badigeonner de salive, comme elle savait si bien le faire. Après l’avoir décalotté, elle fit tourner la langue autour du gland puis en inséra le bout dans le méat urinaire. Elle serrait l’organe à sa base en faisant reposer deux doigts sur les bourses. Kilian ne pouvait voir ce qu’elle faisait car un rideau de cheveux blonds était tombé sur son ventre, mais des sensations exquises rayonnaient de son membre. Il s’abandonna un moment aux caresses buccales de sa copine avant de faire une remarque :

« Tu vois que tu ferais une très bonne putain. »

Maylis écarta sa chevelure pour regarder Kilian dans les yeux, mais elle resta silencieuse.

Elle recommença le léchage du pénis d’une manière différente, en faisant courir le bout de sa langue tout le long de la hampe, sur cette peau flexible dont elle appréciait tant le contact. Elle s’attarda sur le frein puis revint vers les testicules, où elle passa la langue comme sur de gros bonbons. Elle poursuivit sa descente vers l’anus de Kilian avec une hardiesse qui l’impressionnait toujours et elle le fouilla en émettant des bruits humides, tout en continuant à serrer le phallus. Le jeune homme n’en pouvait plus, mais Maylis s’écarta de lui avant que l’explosion libératrice ne puisse se produire.

Elle chercha ensuite son propre plaisir en chevauchant son compagnon. Elle inséra elle-même le phallus dans son bas-ventre pendant que Kilian promenait les mains sur son corps. Il pinça les mamelons durcis et palpa la chair molle des seins pendant que Maylis se mettait à tressauter sur son bassin, s’enfonçant un peu plus chaque fois dans l’océan de sa jouissance. Ses mouvements devinrent si endiablés que Kilian dut se contenter de mettre les mains sur ses cuisses, mais il fut lui aussi très vite emporté par ce tourbillon. Il s’efforça de tenir un moment avant de gicler puissamment dans les profondeurs de la jeune fille.

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